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Réglementaire
Réglementaire·28 juillet 2026·6 min de lecture

Par Audrey DidonExperte patrimoine & investissement immobilier

Surface Carrez ou surface Boutin : ne plus jamais les confondre

Même logement, deux chiffres différents — et ce n'est pas une erreur. Carrez pour la vente en copropriété, Boutin pour la location vide : le mode d'emploi.

Un même appartement, deux surfaces annoncées, deux chiffres qui ne coïncident pas : la scène se répète régulièrement en agence, et elle sème le doute chez les clients. Pourtant, il n'y a là ni erreur de mesure ni approximation. La superficie « Carrez » et la surface habitable « Boutin » sont deux notions distinctes, créées pour deux usages différents, avec des règles d'inclusion et d'exclusion qui ne se recouvrent pas. Savoir les distinguer — et surtout savoir l'expliquer en trente secondes à un vendeur ou à un bailleur — fait partie du socle technique d'un professionnel de l'immobilier.

Carrez : la superficie privative d'un lot de copropriété vendu

La superficie dite « loi Carrez » est celle qui doit être mentionnée lors de la vente d'un lot de copropriété. Elle correspond à la superficie des planchers des locaux clos et couverts, après déduction des murs, cloisons, marches et cages d'escalier, gaines et embrasures de portes et fenêtres. Deux exclusions structurent le calcul : les surfaces dont la hauteur sous plafond est inférieure à 1,80 mètre ne sont pas comptabilisées, et les caves, garages, emplacements de stationnement et combles non aménagés en sont écartés. Les lots ou fractions de lots d'une surface trop réduite ne sont pas davantage pris en compte. Point important : ce mesurage concerne la copropriété — une maison individuelle vendue hors copropriété n'y est en principe pas soumise.

Boutin : la surface habitable inscrite au bail de location vide

La surface habitable, issue de la loi dite Boutin, répond à une tout autre logique : elle doit figurer dans le contrat de location d'un logement vide loué à titre de résidence principale. Son calcul part du même principe de déduction des murs, cloisons et embrasures, mais la liste des espaces exclus est plus large : combles non aménagés, caves, sous-sols, remises, garages, terrasses, loggias, balcons, vérandas, ainsi que les parties dont la hauteur sous plafond n'atteint pas 1,80 mètre. Autrement dit, une véranda close et couverte peut entrer dans le calcul Carrez alors qu'elle est exclue de la surface habitable. C'est l'une des raisons pour lesquelles la surface Boutin d'un logement est souvent inférieure à sa superficie Carrez.

  • Carrez s'applique à la vente d'un lot de copropriété ; Boutin s'applique à la location vide d'une résidence principale, y compris en maison individuelle.
  • Les deux excluent les surfaces de moins de 1,80 mètre de hauteur sous plafond, ainsi que caves, garages et combles non aménagés.
  • Boutin exclut en plus vérandas, terrasses, loggias, balcons et dépendances, que Carrez peut intégrer lorsqu'il s'agit de locaux clos et couverts.
  • Résultat : sur un même logement, la surface habitable est fréquemment inférieure à la superficie privative — deux chiffres justes, deux référentiels différents.
1,80 m
c'est la hauteur sous plafond minimale en deçà de laquelle une surface n'est comptabilisée ni en superficie Carrez, ni en surface habitable Boutin — le seul critère véritablement commun aux deux mesurages

Ce que risque celui qui se trompe

L'enjeu n'est pas seulement documentaire : une surface erronée ouvre des droits au cocontractant. En matière de vente, si la superficie réelle du lot se révèle inférieure de plus d'un vingtième à celle mentionnée dans l'acte, l'acquéreur peut demander une diminution du prix proportionnelle à la surface manquante ; cette action s'exerce dans un délai encadré à compter de la signature de l'acte authentique. L'absence pure et simple de mention de la superficie dans l'acte de vente est, elle, sanctionnée plus lourdement encore, l'acquéreur pouvant en demander la nullité dans un délai court. Côté location, la logique est comparable : lorsque la surface habitable réelle est inférieure de plus d'un vingtième à celle indiquée au bail, le locataire peut demander une diminution du loyer proportionnelle. Dans les deux cas, un mesurage approximatif se paie.

La bonne pratique en agence

Le mesurage n'impose pas légalement l'intervention d'un professionnel : un propriétaire peut, en théorie, mesurer lui-même. En pratique, faire réaliser le métrage par un diagnostiqueur ou un géomètre reste la seule façon de sécuriser l'opération, car l'erreur engage la responsabilité de celui qui a fourni le chiffre. Pensez également à vérifier la cohérence entre les documents du dossier : superficie portée à l'annonce, surface figurant dans le règlement de copropriété, mesurage récent, surfaces annexes décrites séparément. Et rappelez à vos clients qu'une surface annexe — balcon, terrasse, cave — n'a pas à disparaître de la présentation du bien : elle se mentionne à part, sans être intégrée au chiffre réglementaire.

À retenir : ne réutilisez jamais une superficie Carrez comme surface habitable dans un bail, ni l'inverse. Faites établir le mesurage correspondant à l'opération réelle — vente en copropriété ou location vide —, conservez le document au dossier, et mentionnez les surfaces annexes séparément. En cas de configuration atypique (combles, mezzanine, véranda, local mixte), faites trancher la question par un diagnostiqueur ou un géomètre plutôt que d'arbitrer vous-même.

Deux mesurages, deux finalités, deux régimes de sanction : la distinction Carrez / Boutin est un réflexe simple à acquérir, et une source d'erreurs coûteuses quand il manque. Elle s'inscrit dans une chaîne plus large de vérifications qui sécurisent une transaction, du dossier de diagnostics à la signature. La formation Les Étapes Notariées de la Transaction Immobilière remet ces obligations dans l'ordre du déroulé d'une vente et vous permet de valider vos heures de formation continue obligatoire.